Avant de passer au vif du sujet, laissez-moi vous raconter une partie de mon séjour à Bruxelles.
L’histoire qui va suivre est une preuve concrète de l’omniprésence de l’Éloquence dans notre vie quotidienne.
Nous sommes le Vendredi 11 Février matin. Le Musée du Chocolat ouvre timidement ses portes aux visiteurs matinaux (autrement dit aux touristes). Nous nous lançons dans la découverte de l’Histoire du Chocolat à travers le monde, depuis les tribus Mayas jusqu’à la Révolution Industrielle, en passant par la découverte de l’Amérique et la Révolution Française (je conseille vivement ce Musée à toutes celles et ceux qui passeraient par-là).
Et puis nous apprenons qu’une surprise nous attend à la fin de cette visite : un atelier de démonstration et de dégustation de chocolat ! Derrière les dernières vitrines, se cache une petite salle disposant d’une vingtaine de places et d’un spacieux atelier de fabrication de chocolats.
Nous sommes une quinzaine à attendre le début de cette démonstration et nos ventres crient famine à la vue des tablettes de chocolat.
Pour ma part, certaines questions me viennent vite à l’esprit :
- Comment un maître chocolatier fait-il pour captiver l’attention d’un tel auditoire ?
- Comment fait-il pour se renouveler à chaque prestation ?
- Comment fait-il pour éveiller la curiosité des visiteurs après deux heures de visite qui les ont exténués ?
- Comment gérer la lassitude potentielle de son auditoire ?
Car ne soyons pas dupes. À ce stade de la visite, les gens n’attendent qu’une chose, c’est de manger les chocolats.
C’est à ce moment précis que notre maître chocolatier arrive : il rentre dans la salle d’un pas assuré. Il se place à son poste, nous balaye du regard et nous dit « Bonjour à tous ! ». Et il se met alors à remuer une marmite de chocolat. Sans dire un mot. Et là, en réalité, nous sommes déjà captivés.
Mais pourquoi ?
Alors que nous nous attendions à ce que cet homme prenne la parole directement, il prend d’abord le temps d’instaurer un climat d’écoute. Il s’assure de notre disponibilité physique et mentale. Et ce silence nous intrigue. Nous sommes dans l’attente. Ça y est : il a attiré notre attention.
Première leçon : L’entrée en scène. Lorsque vous prenez la parole en public, surtout lorsque votre public est fatigué et déjà lassé (une réunion un jeudi soir à 18H30 avant un Afterwork par exemple), votre réflexe sera de commencer à parler le plus vite possible. De combler le silence et vous débarrasser de ce moment gênant : ne faites surtout pas cela.
Avant de prononcer vos premiers mots, prenez le temps d’adopter une posture de confiance, soyez droits et ancrés sur vos jambes, prenez le temps de balayer du regard votre auditoire et de repérer les regards positifs sur lesquels vous pourrez vous reposer lors de votre prestation pour vous mettre en confiance.
Reprenons notre histoire : Après quelques manipulations, le maître chocolatier s’arrête, nous regarde et nous demande : Qui parle français parmi vous ? Toutes les mains se lèvent, hormis un couple d’étrangers.
« Très bien, nous allons pouvoir commencer. Je vous invite à vous lever et à vous rapprocher de l’atelier ». Et il en fait de même en Anglais.
Et là nous touchons à un outil puissant pour réussir une introduction de discours : l’Appel à l’action.
L’Appel à l’action est très utilisé en Éloquence pour réveiller l’attention de votre auditoire et stimuler son écoute, sa curiosité dès les premières secondes.
L’Appel à l’action peut prendre plusieurs formes en Éloquence :
1.Une question fermée (en Oui/Non) mais rhétorique car la réponse est évidente ou relève du bon sens.
Par exemple : « Êtes-vous déjà tombés amoureux ? Si oui, levez la main !”, “Avez-vous déjà ressenti du stress avant une demande d’augmentation ou négociation de contrat ? Si oui, levez la main ! “ ou encore “Qui a déjà échoué dans sa vie avant ses 30 ans ?”
Les réponses à ces questions sont évidentes : statistiquement parlant, très peu de personnes dans notre entourage ne sont jamais tombées amoureuses. De même, nous connaissons peu de personnes ne ressentant aucune émotion avant une demande d’augmentation ou de négociation de contrat. Évidemment et depuis que nous avons appris à marcher, nous avons tous échoué au moins une fois dans notre vie avant nos 30 ans.
2. Une question ouverte mais rhétorique là aussi car la réponse est triviale.
Par exemple : “Qui aime voyager ici ? Levez la main les aventuriers !”, “Qui aimerait prendre sa retraite à 45 ans et vivre au bord de la mer en sirotant des Moscow Mule ?” ou dans cet exemple à Bruxelles : “Qui parle Français ?”
De même, à moins de tomber sur un public atypique, peu de chances de ne trouver aucune personne qui aime voyager ou qui refuserait de prendre sa retraite à 45 ans sans se soucier de ses revenus financiers.
Mais alors si la réponse est évidente, pourquoi poser la question ? Si la réponse ou le taux de Oui/non et/ou de personnes levant la main importent peu, c’est l’action en elle-même qui nous intéresse.
Vous impliquez votre auditoire dans le processus. Vous lui donnez l’impression d’avoir un rôle à jouer dans votre discours. Votre public devient actif au lieu d’être passif.
L’Appel à l’action est d’autant plus puissant s’il vous permet de pointer du doigt les besoins et les points de frustration de votre public. Rappelez-vous de Simon Sinek qui martelait et martèle encore « Start with the Why ! ».
Par exemple : l’une de mes élèves s’est récemment lancée dans l’aventure entrepreneuriale en lançant une marque de tailleurs sur-mesure, chic, originale et éco-responsable.
Demain, face à un groupe d’investisseurs, elle pourrait très bien lancer l’Appel à l’Action suivant (le tout bien évidemment précédé d’une entrée en scène qui se respecte) :
“Qui d’entre vous rêveraient de s’habiller de façon chic, originale tout en respectant l’environnement et son pouvoir d’achat ?”
Évidemment, toute personne avec du bon sens lèverait la main, le besoin existe donc et n’a juste pas encore été comblé. Cet Appel à l’action vous permet de pointer du doigt une frustration de votre public tout en vous positionnant comme le sauveur.
Évidemment, il va sans dire que ces Appels à l’action sont à utiliser avec parcimonie. Si vous en abusez, votre auditoire peut douter de l’honnêteté de la démarche mais aussi du naturel et de la spontanéité de votre discours.
Nous sommes tous, à notre échelle, des maîtres chocolatiers faisant des démonstrations à longueur de journée. Seulement, dans notre cas, ce n’est pas forcément du chocolat mais les occasions ne manquent pas pour autant. Lorsque vous formez les nouveaux arrivants au sein de votre équipe, lorsque vous animez les réunions quotidiennes avec un client difficile tous les jours à 18H, lorsque vous êtes le dernier candidat à passer un entretien d’embauche dans cette entreprise renommée etc…
La première et dernière impression d’un discours sont capitales. Pour soigner votre introduction, veillez à :
- Respecter le temps d’entrée en scène : attendez au moins 5 secondes avant de prendre la parole. Adoptez une posture de confiance, balayez votre auditoire du regardez et cernez les personnes positives du public qui vont vous soutenir tout du long ;
- Écrivez votre introduction si vous souhaitez réduire le stress ressenti en début de prestation.
- Réalisez un Appel à l’action, cela montrera à votre public que vous vous intéressez à leur opinion, que leur participation, leurs problématiques, leurs avis comptent dans votre discours. Si cet Appel à l’action pointe un besoin ou une frustration de votre auditoire, vous vous positionnez en tant que sauveur !