Structurer son discours et sa pensée pour être captivant

Analyse du discours d’Aymeric Caron – Mon engagement pour Jean-Luc Mélenchon)

« Même si je conclus mes deals ou que je réussis mes entretiens/présentations, je ne sais pas structurer ma pensée et cela me fait perdre en crédibilité. »

On est tous passé au moins une fois par cette phase : Votre manager vous demande un point d’avancement sur votre reporting, votre RH vous demande de pitcher l’entreprise devant un potentiel candidat, un collègue vous demande de lui expliquer un sujet…Bref, il s’agit d’une demande à l’improviste et votre temps de préparation est limité.

Mais ce n’est pas bien grave, vous êtes confiants et vous maîtrisez le sujet. Vous vous lancez dans votre présentation mais très vite les choses se compliquent : vous allez beaucoup trop dans les détails, vous perdez le fil de votre démonstration, vous ne faîtes que revenir sur des points que vous avez déjà évoqués et vous en oubliez d’autres, vous perdez du temps à retrouver vos idées, il n’y a aucune logique dans l’enchaînement de vos parties…

Conséquences :  

  • Vous avez parlé 25 minutes au lieu de 5 ;
  • Vous avez donné TROP d’informations à votre interlocuteur, des informations chaotiques qui le rendent sceptique à votre égard. En même temps, on peut le comprendre, il est plus perdu maintenant qu’avant de vous avoir posé une question ;
  • Vous avez perdu du temps et de la crédibilité ;

Le remède : La structuration du discours et de la pensée.

Discourir sans structure, c’est comme cuisiner en faisant fi de l’ordre des ingrédients de la recette. Le résultat est catastrophique et personne ne reviendra déjeuner ou dîner chez vous.

Il est donc impensable de discourir sans avoir au préalable défini la structure de votre discours. 

Pourquoi est-ce capital de structurer sa pensée et son discours ?

Parce que structurer sa pensée et son discours vous permettent de : 

  1. Guider votre auditoire : votre discours doit mener vos interlocuteurs du point A au point Z de votre réflexion et beaucoup d’entre vous se perdent dans les méandres de leurs explications.
  2. Être synthétique et efficace : La structure de votre discours c’est votre garde-fou, c’est ce qui vous empêche de partir en digression ou en hors sujet.

Dès lors que votre plan est défini, vous connaissez les éléments que vous devez évoquer, vous annoncez en préambule à votre auditoire les grandes lignes de celui-ci, vous avez donné à votre auditoire des points d’étape afin qu’ils se repèrent facilement dans votre argumentation.

La structure de votre discours vous permet également de vous en tenir au temps imparti de l’échange. Si vous avez 5 minutes pour présenter un nouvel outil à vos clients, c’est la structure de votre discours qui vous permettra de respecter ce temps de parole. Ce faisant, vous gagnez en efficacité et votre propos ira droit au but.

Structurer c’est donc faire le choix de l’exhaustivité efficace.

  1. Soutenir votre improvisation : Beaucoup d’entre vous souhaitent apprendre l’art de l’improvisation. La structure de votre discours en est un premier pas : au lieu d’écrire mot par mot ce que vous allez dire, privilégiez plutôt un plan détaillé et entraînez-vous à improviser autour de ce plan.

Comment structurer votre discours ? 

Je vous propose une méthode en 5 étapes qui se rapproche de la méthode Cicéronienne et pour cela, nous allons prendre en exemple, l’intervention d’Aymeric Caron sur le plateau de Cyril Hanouna, lorsqu’il annonce son engagement auprès de Jean-Luc Mélenchon. 

Alors lancez la vidéo en parallèle de votre lecture et procédons à l’analyse décortiquée de celle-ci : https://youtu.be/-NygAeU9sr8?t=6131

1. L’exorde ou le commencement (introduction) 

L’objectif de l’exorde est d’éveiller l’attention et la curiosité de votre auditoire. Vous pouvez le faire en remerciant sincèrement vos interlocuteurs ou en insistant sur l’importance et les enjeux de votre discours. 

Dans le cas d’Aymeric Caron :

« Je suis né en 1971, j’ai 50 ans et je n’ai jamais été aussi inquiet pour l’avenir de ce pays, pour l’avenir de mon espèce, pour l’avenir de toutes les espèces, pour l’avenir de la vie sur cette planète, pour le maintien de la démocratie […] Et il y a une question qui se pose à chacun d’entre nous aujourd’hui : Qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on s’engage ou est-ce qu’on se laisse faire ? » 

Dans ce cas précis, Aymeric Caron choisit habilement d’introduire son discours en insistant sur l’urgence de la situation. Il s’agit donc d’une introduction par l’enjeu. 

2. La Narration ou Storytelling

La narration permet de personnifier la thèse, l’idée, le produit, le service…que vous souhaitez défendre. L’objectif est de raconter une histoire suffisamment détaillée pour que votre auditoire s’y plonge et s’y identifie, mais suffisamment concise également pour ne pas donner l’impression de raconter une histoire sans fin. Évidemment, le Storytelling étant un sujet relativement vaste à lui tout seul, mais d’ici là, inspirez-vous du discours d’introduction de l’IPhone en 2007 par Steve Jobs, Maître incontesté du Storytelling. 

Reprenons notre exemple : Aymeric Caron, même après avoir été interrompu par Cyril Hanouna, fait le choix de poursuivre, toujours fidèle à la structure Cicéronienne. 

« Moi je me suis engagé à ma manière depuis quelques années à travers des bouquins, à travers des prises de parole en public, certains connaissent mon combat pour l’écologie en général bien sûr et en particulier pour le Droit des animaux. Mais je trouve que là, j’ai eu l’occasion de prolonger cet engagement parce que le programme que porte Jean-Luc Mélenchon est un programme inédit pour moi et qu’il est absolument indispensable et nécessaire par rapport aux urgences que je viens de vous décrire. »

La fin de votre histoire doit obligatoirement comporter la thèse de votre discours. 

3. L’argumentation

Le pouvoir de la rhétorique, pour reprendre les termes de Clément Viktorovich, est réel. L’argumentation permet d’emporter la conviction et la persuasion de son auditoire. C’est un Art à part entière. C’est le moment où il faut prouver à votre auditoire que votre thèse est valide. Tant par des arguments logiques que par des arguments émotionnels. 

Attention : il ne s’agit pas de faire une liste à la Prévert et de lancer bêtement une série d’arguments en espérant que 10% d’entre eux feront mouche. Pour un discours de 5 minutes, deux arguments suffisent. Il faut donc réfléchir à ses arguments, les lister, les qualifier et enfin les choisir en fonction de leur pertinence vis à vis du sujet mais surtout vis à vis de votre public. 

Que dit notre cher Aymeric Caron ? 

« J’ai reçu à plusieurs reprises Jean-Luc Mélenchon sur les plateaux et un jour, il est venu présenter un livre. […] Et c’était un livre qui parlait d’écologie justement. […] Et je me suis dit « C’est dingue ! Cela fait des années que je fais ce travail et je n’ai jamais lu un livre aussi documenté, aussi précis et aussi ouvert sur l’avenir de la part d’un homme politique. »

Un peu plus tard, il assène son deuxième argument en affirmant que

« le programme de Jean-Luc Mélenchon est le plus réaliste, le plus pertinent et le plus complet. […] Que des propositions comme la réduction du temps de travail, la réduction de la proportion de protéines animales dans notre alimentation sont des mesures réalistes, faisables et nécessaires. »

Deux arguments, le premier qui joue sur nos émotions, nos peurs, nos croyances et le second qui rationnalise les constats et qui rend factuel l’efficacité des mesures proposées.

4. Réfutation 

C’est le moment où il faut faire preuve de maturité et de remise en question de sa propre pensée. Profitez de ce moment pour désamorcer à l’avance les contre arguments ou les critiques que l’on pourrait vous opposer.

Cela aura pour conséquence de désarmer vos interlocuteurs avant même qu’ils ne puissent prendre la parole. Ainsi, vous allez retirer toute notion négative de votre discours puisque vous apportez des éléments de réponses positifs à des retours négatifs.

Là aussi Aymeric Caron le fait à la perfection lorsqu’il rétorque à Charles Consigny :

« C’est là que je me suis dit qu’il y avait peut-être des incompréhensions sur qui est Jean-Luc Mélenchon et sur les idées qu’il porte. […] Je suis assez ennuyé de ce que j’ai entendu de la part de Charles Consigny parce que je pense qu’il fait une énorme erreur lorsqu’il parle dushow, du spectacle, de l’égoïsme, de l’égocentrisme. Je ne vais pas juger la psychologie de Jean-Luc Mélenchon, ce n’est pas mon propos.« 

Quelques secondes plus tard, Aymeric Caron se fait interrompre par Cyril Hanouna qui lui demande alors « Mais pourquoi pas Yannick Jadot ? ». La réponse est nette et sans bavures : « Il n’y a pas dans le programme de Yannick Jadot la radicalité nécessaire.« 

Votre réfutation doit asséner un véritable uppercut aux critiques ou contre arguments de vos interlocuteurs. Vous devez les mettre KO. 

5. Péroraison

Il s’agit plus vulgairement de la conclusion de votre discours. L’objectif est de revenir sur les points fort de votre thèse tout en ouvrant le débat et en donnant la parole à votre auditoire ou à ceux qui prendront la parole après vous.

Aymeric Caron le fait là encore avec brio :

« Alors je ne veux pas faire trop long parce que je voudrai quand même entendre Jean-Luc Mélenchon parler un peu de ses propositions. Mais je voudrais juste dire que parmi les choses qui m’ont particulièrement séduites dans le discours de Jean-Luc, c’est que c’est le seul aujourd’hui à porter le discours qu’il porte sur les droits des animaux qui est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Et il y a une figure pour cela je pense qui l’explique et qui crée la jonction entre Jean-Luc et moi, c’est Louise Michel. […] Elle explique que son combat pour les plus faibles […] est né dans l’empathie qu’elle a senti […]: le combat social, le combat pour les animaux mais également le combat féministe […]. Ce sont les mêmes logiciels de pensée qui nous dirigent. Alors, sur ce sujet précisément, j’aimerais vous entendre Jean-Luc. »

En mettant de côté nos opinions politiques personnelles, ce discours improvisé d’à peine 3 minutes durant le débat fait preuve d’une fluidité et d’une spontanéité dont peu peuvent se targuer. 

En 3 minutes, Aymeric Caron, par la structuration de sa pensée et de son discours, capte l’attention de l’auditoire et explique efficacement de manière exhaustive les raisons de son engagement politique. 

Comment l’appliquer dans votre vie personnelle et professionnelle :

« Par quoi dois-je commencer mon discours ? », « Comment dois-je conclure mon discours ? », « Que dois-je mettre entre le début et la fin de mon discours ? », « A quel moment puis-je faire un peu de storytelling ? »…Ces questions vous devez sûrement vous les poser à chaque écriture ou préparation d’un discours. 

La structure Cicéronienne peut être reproduite lors de chacune de vos prises de parole : même si vous disposez de peu de temps de préparation, prenez une feuille, notez les différentes parties et inscrivez à côté, les éléments clés que vous souhaitez évoquer. 

Une pensée, une idée ne se structure pas de n’importe quelle façon : vous créez inconsciemment en permanence un lien de cause à effet entre un constat que vous faites et la conclusion qui en résulte. Votre discours ne s’écrit pas de n’importe quelle façon non plus, c’est pour cela qu’il est important de s’appuyer sur cette méthode. 

La formation AB Éloquence : « S’initier aux bases de l’Éloquence » vous permet d’apprendre la méthodologie précise pour chacune de vos parties. Qu’il s’agisse de l’exorde, du storytelling, de l’argumentation, de la réfutation ou de la péroraison, je vous enseigne, étape par étape, leur réalisation.

Alors, chers orateurs et chères oratrices, appliquez cette méthode pour vos prochaines prestations oratoires, vous m’en direz des nouvelles.

Eloquemment votre, 

Abdel 

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